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Phénomène du déni dans le burn-out




Il est l’heure d’Halloween et de son cortège : squelettes, sorcières, zombies, vampire, clown effrayant, monstres et démons de tout poil !

La peur, la frayeur, l’effroi nous guettent ! Aaaaah !

Mais, la particularité donnée par la fête d’Halloween est celle de pouvoir choisir d’avoir peur, et celle, pour notre entourage, d’accepter le jeu offert et d’y contribuer. Il n’y a pas de danger, c’est simplement un temps de catharsis pour conjurer nos peurs, dans ce moment charnière de rupture d’une frontière entre le monde représenté de la mort et le monde des vivants.

L’une des particularités de l’épuisement professionnel, avant le burn-out qui cloue au lit, est le déni caractéristique qui touche la personne concernée. Elle ne considère pas ce qu’elle-même manifeste. Son cortège d’Halloween est pourtant là : fatigue, maux de tête, torticolis, nervosité, irritabilité, isolement, désengagement, difficulté de concentration, petites erreurs, etc.

Sans aucun doute, ce cortège de symptômes est déjà présent depuis de nombreux mois et il ne s’arrêtera pas tout seul demain, comme la fête d’Halloween ! Dans le syndrome d’épuisement professionnel, le déni est l’impossibilité de la personne à prendre en compte ses symptômes d’alerte. Elle y substitue un discours de réassurance d’elle-même et de ses proches : « Ça va passer ! Demain est un autre jour ! Les vacances approchent, je vais récupérer ! ».

Le déni est un mécanisme de défense qui paradoxalement protège la personne de ses peurs.

Participer à la fête d’Halloween, et donc sortir du déni, serait être confronté à d’angoissants sujets : Combien de temps vais-je tenir ? Que se passera-t-il si je refuse ce rythme, cette charge de travail, de prendre ce nouveau projet en plus ? Que va-ton penser de moi si je m’arrête ? Quelles seront les conséquences pour ma promotion dans l’entreprise, pour conserver mon poste ? Quel regard ma hiérarchie, mes collègues vont-ils poser sur moi ? Quelles seront les conséquences d’un arrêt pour ma famille ? Je vais inquiéter mon conjoint. Je ne sais pas comment réorienter ma carrière. Je culpabiliserais de m’arrêter. Me remettre sur le marché du travail me fait peur. Je n’ai pas l’énergie d’envisager un nouveau projet professionnel...

Il y a de quoi avoir peur !

A cette liste potentiellement et éminemment effrayante de questionnements et de discours internes, nous pourrions ajouter l’enjeu de l’image de soi et de nos représentations : Je dois tenir, je ne suis pas une personne faible ! M’arrêter serait signer un échec ! J’aurais honte ! J’ai envie (besoin) de contribuer à ce projet, je ne peux pas refuser ! Je veux (dois) participer à cette instance, j’ai toujours répondu présent !

Nous l’avons compris, c’est ce mécanisme de déni qui conduit au burn-out !

Alors, comment le contrer, ce déni, puisque c’est lui qui nous empêche de voir, de sentir, de comprendre, d’entendre ?

Pour la personne concernée, il s’agit de prendre du recul, d’arrêter la course, de s’arrêter. Mais s’arrêter avec un objectif (et oui, encore un !), celui d’analyser la situation. Cependant, avant tout, sortir du super héros, ici c’est le temps d’Halloween et donc, accepter d’avoir peur, peut-être. Il s’agit alors de :

·       Poser les réflexions et/ou questionnements intériorisés sur le papier, oser les entendre,

·       Demander et écouter les avis de ses proches,

·       Faire des tests pour évaluer le stress vécu au travail,

·       Faire le point avec un professionnel,

·       Se renseigner sur les facteurs de risques au travail, est-ce qu’ils me concernent, par exemple :

·       Est-ce que je reçois suffisamment de soutien de la part de ma hiérarchie ?

·       Est-ce que je reçois suffisamment de reconnaissance pour mon investissement ?

·       Est-ce que je cours après une reconnaissance qui peut-être ne viendra pas, ou pas dans ce service ?

·       Ma charge de travail est-elle acceptable ou est-ce que je travaille régulièrement chez moi le soir et/ou souvent les week-ends ?

·       Les relations au travail sont-elles de qualité ou sont-elles à l’origine de stress ?

·       Etc.

Il faut comprendre que tout ne vient pas de vous. Les conditions de travail et les facteurs de risques éventuellement associés sont déterminants. Ils interviennent soit de façon protectrice soit de façon délétère.

Et surtout, attention si vous commencez à douter de vous ! Ça en dit sans doute long sur vos conditions de travail ! Il est temps de vous arrêter !

Pour les proches, le conseil est de faire remarquer les signes qui indiquent une présence anormale de stress, une évolution du comportement de la personne, un discours qui a changé, une difficulté à faire abstraction du travail, etc.

C’est avec une attitude et des interventions bienveillantes de ce type qu’il faut essayer de faire dépasser cette étape de déni.

Pour rappel, le syndrome d’épuisement professionnel présente trois dimensions, étapes successives et réversibles si elles sont prises en compte :

·       Un épuisement, émotionnel, physique et psychique

·       L’apparition de cynisme vis-à-vis du travail : « A quoi bon faire des efforts ! »

·       Un altération du sentiment d’accomplissement personnel au travail : « C’est moi qui n’y arrive pas ».

Pour vous les proches, il s’agit de vous autoriser à contacter des professionnels afin d’en savoir plus sur la mécanique du stress chronique et le syndrome d’épuisement professionnel.

Pour les organisations

·       Travailler en prévention primaire sur les facteurs de risques psychosociaux,

·       Respecter les process d’évaluation de la charge de travail,

·       Se montrer exemplaire sur la prise en compte des situations signalées,

·       Suivre des indicateurs spécifiques,

·       Effriter le déni des personnes concernées en régulant de possibles culture de la concurrence, de l’exploit individuel,

·       Faire connaitre les signes à tous les salariés.

Les organisations ont tout à y gagner, le stress étant considéré comme à l’origine de 50 à 60 % de l’absentéisme.

Alors en conclusion, que l’on soit concerné soi-même, un proche ou une organisation, la prescription est de faire une petite fête d’Halloween tous les 3 mois ou tous les mois : le temps d’évaluer régulièrement le cortège des symptômes.

Après tout, la peur n’est-elle pas faite pour nous protéger !


Article écrit pour le Réseau RPBO© pour le mois de novembre 2023

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